On pourra lire ici le premier chapitre d’un des deux seuls Romans de la Cosmologie. L’autre, au titre imprononçable (“Phœnyx, Styx, X”), de 1969, fait partie du Tome de Nicolaï.
Il s’agit bien sûr d’un faux roman familial, totalement inventé, mais dont les personnages, ces sortes de “Grosses Têtes” allaient donner naissance à une partie des Tribus de la Cosmologie définitive.
Dans le texte sur le Roman publié sur le site de “La Main de Singe”, Onuma Nemon présente les trois moments de la décomposition romanesque dans son travail ; on s’y reportera. Le deuxième temps est celui de “Tuberculose du Roman”, recueil de nouvelles de 1972. Le troisième (sa cancérisation ?) est lisible dans “Cortèges du Roman Mort”, troisième volet de la première partie des “États du Monde” définitifs bientôt disponible sur publie.net.
“Roman” et “Tuberculose du Roman” ont été diffusés en “livraisons” par Tristram dans les années 90.
Une première partie de “Roman” a été publiée également par un petit éditeur de Bordeaux, “Le Bleu du Ciel”, mais malgré nos demandes concernant des documents annexes éventuels, nous n’avons reçu aucune réponse.
Isabelle Revay
1. Je suis né peu après la deuxième guerre mondiale dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux surnommé “La Flèche”, où la plupart de ceux qui n’avaient pas été exterminés par les bombes furent décimés, en particulier les enfants, par la famine, la tuberculose et le joyeux bataillon des maladies exotiques, depuis la malaria jusqu’à la “grippe espagnole”.
Avec mon père, qui était devenu vernisseur au tampon faute de mieux, nous franchissions tous les petits quartiers et villages dans l’Amilcar à la recherche de travail : Saint Michel, Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Nicolas, Saint-Bruno, Saint-Augustin ou Saint-Jean d’Yllac... Nous n’eûmes cette Amilcar qu’à la naissance de Didier, grâce à une invraisemblable générosité de l’abuelo (que notre haine surnommait l’Autre), qui pensait qu’on ne pouvait pas transporter un nourrisson sur la charrette à bras ; il garda dès lors cette dernière pour les seules livraisons en ville, et sur les pavés, ou aux alentours immédiats, mais ne proposa pas pour autant de nous réintégrer dans la maison familiale d’où le mariage de mes parents les avait chassés.
La recherche était souvent longue, et il finissait par faire froid sinistrement, dans la voiture ; nous nous arrêtions régulièrement dans la descente du bief de Bourran, avant le pont, chez des Ferrailleurs Gitans, que mon père connaissait, et qui lui indiquaient parfois des adresses de brocanteurs où il y avait des tables à revernir, des buffets à refaire, des portes à plaquer. Le chef de cette tribu avait acquis une réputation d’Hercule, le grand jour où il avait éjecté en désordre sur la rue cinq gendarmes à la fois venus inspecter son vieux camion gondolé !
Il s’agit bien sûr d’un faux roman familial, totalement inventé, mais dont les personnages, ces sortes de “Grosses Têtes” allaient donner naissance à une partie des Tribus de la Cosmologie définitive.
Dans le texte sur le Roman publié sur le site de “La Main de Singe”, Onuma Nemon présente les trois moments de la décomposition romanesque dans son travail ; on s’y reportera. Le deuxième temps est celui de “Tuberculose du Roman”, recueil de nouvelles de 1972. Le troisième (sa cancérisation ?) est lisible dans “Cortèges du Roman Mort”, troisième volet de la première partie des “États du Monde” définitifs bientôt disponible sur publie.net.
“Roman” et “Tuberculose du Roman” ont été diffusés en “livraisons” par Tristram dans les années 90.
Une première partie de “Roman” a été publiée également par un petit éditeur de Bordeaux, “Le Bleu du Ciel”, mais malgré nos demandes concernant des documents annexes éventuels, nous n’avons reçu aucune réponse.
Isabelle Revay
1. Je suis né peu après la deuxième guerre mondiale dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux surnommé “La Flèche”, où la plupart de ceux qui n’avaient pas été exterminés par les bombes furent décimés, en particulier les enfants, par la famine, la tuberculose et le joyeux bataillon des maladies exotiques, depuis la malaria jusqu’à la “grippe espagnole”.
Avec mon père, qui était devenu vernisseur au tampon faute de mieux, nous franchissions tous les petits quartiers et villages dans l’Amilcar à la recherche de travail : Saint Michel, Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Nicolas, Saint-Bruno, Saint-Augustin ou Saint-Jean d’Yllac... Nous n’eûmes cette Amilcar qu’à la naissance de Didier, grâce à une invraisemblable générosité de l’abuelo (que notre haine surnommait l’Autre), qui pensait qu’on ne pouvait pas transporter un nourrisson sur la charrette à bras ; il garda dès lors cette dernière pour les seules livraisons en ville, et sur les pavés, ou aux alentours immédiats, mais ne proposa pas pour autant de nous réintégrer dans la maison familiale d’où le mariage de mes parents les avait chassés.
La recherche était souvent longue, et il finissait par faire froid sinistrement, dans la voiture ; nous nous arrêtions régulièrement dans la descente du bief de Bourran, avant le pont, chez des Ferrailleurs Gitans, que mon père connaissait, et qui lui indiquaient parfois des adresses de brocanteurs où il y avait des tables à revernir, des buffets à refaire, des portes à plaquer. Le chef de cette tribu avait acquis une réputation d’Hercule, le grand jour où il avait éjecté en désordre sur la rue cinq gendarmes à la fois venus inspecter son vieux camion gondolé !